100 VOLTI  - Éditions des Autres - Juillet 2021

Ce projet à pris naissance pendant le confinement en 2020. Les 136 portraits que comporte le livre, ont été réalisés dans un petit studio photographique improvisé dans l’ancienne école du village, rouverte par les habitants qui refusent de se résigner à l’abandon et au dépeuplement. Le résultat est un recensement de pensées, d’émotions, de doux souvenirs et de regrets, de suggestions et de simplicité. Mais aussi l’histoire d’un tournant fait de dévouement et de liens avec le territoire. De la confiance que les habitants de Presa ont mis en eux, pour accomplir la mission de ramener leur « paese » sur la carte.

Samedi 8h00 du matin, sur la place Aldo Moro, vingt personnes sont déjà là. Munies de pelles et de balais, nous commençons à nettoyer la route d’accès au Bourg. Deux virages plus bas, vers Piedimonte Etneo, un panneau annonce fièrement la couleur : « Bienvenus à Presa ». Devant l’église, c’est l’effervescence des grands jours. Les derniers lampions viennent d’être installés, des fleurs fraiches sont accrochées aux barnums et les expertes en cuisine s’affèrent aux derniers préparatifs. Les enfants, sous l’œil bienveillant de tous, jouent librement sur la place. Les premiers pains viennent d’être mis au four, car ce soir, pour la première fête estivale de l’année à Presa, c’est la « Sagra del pane ». C’est la première fête à laquelle je participe activement. Malgré un apparent chaos, chacun sait ce qu’il a à faire. Comme dans une fourmilière, tout le monde se hâte, et avance d’un même pas. Les choses s’organisent et comme par miracle, se mettent en place. Que ce soit par leur famille ou le hasard de la vie, c’est à Presa qu’ils ont choisi de vivre. Ils sont jardiniers, médecins, commerçants, ingénieurs, femmes au foyer et s’engagent tous, avec le même enthousiasme, pour perpétuer les traditions et préserver la vie dans ce petit village de l’Etna. L’été terminé, cet engagement ne s’arrête pas pour autant. Orchestrer par l’association du village, nombres d’initiatives sont encouragées tout au long de l’hiver et permettent de maintenir ce lien. C’est dans un petit studio photo improvisé de l’ancienne école du village, sur cette chaise témoin du passé, que nous avons réalisé ces portraits. A chacun, j’ai cité une phrase de Buddha : «Noi siamo ciò che pensiamo. I nostri pensieri costruiscono il mondo» . Amenés à méditer sur cette phrase, les expressions, les visages se modifiaient au fur et à mesure de leurs pensées. Parfois les sourires disparaissaient, les yeux s’embuaient, les souvenirs faisaient surface et leurs regards se dévoilaient avec sincérité… J’ai essayé de comprendre ce qui les unissait. Quels étaient leurs points communs ? Quelle était leur relation avec le territoire ?;La réponse est vraisemblablement dans leurs visages, dans leurs yeux…


MAYOTTE, L'âme d'une île - Éditions des Autres - Août 2020

Mayotte, l’âme d’une île, est une œuvre artistique protéiforme dont la pièce maîtresse est un beau livre publié en 2020. Elle est le fruit d’un regard croisé sur l’île de Mayotte et ses habitants, les Mahorais, entre le photographe Thierry Cron et l’écrivain Nassuf Djailani. Si le photographe découvre, s’émeut et s’interroge, l’écrivain tente de comprendre son île pour la restituer dans sa beauté brute, sans concession. Ce sont des portraits, des scènes du quotidien, autant de figures complexes, variées, riches qui racontent la somme d’une île. 

Donner à voir l’île de Mayotte amène à se poser la question du point de vue. En photographie, la notion est importante. Où se placer ? Où placer la caméra ? Quoi montrer ? Pourquoi ? L’objectif, naturellement, est de signifier d’où l’on parle. La démarche de l’écrivain est semblable à celle du photographe, à ceci près qu’il raconte les siens, qu’il se raconte, avec sa sensibilité, avec le risque de la subjectivité. Mais quel est la vérité́ en Art, si elle n’est pas subjective ? Tout ce projet repose sur une forme de subjectivité. Beaucoup de livres de photos sont parus sur Mayotte mais c’est souvent avec la sensibilité du passant, du voyageur, qui pose un regard distant, extérieur à l’île. Aucune prétention de dire à la place des autres n’a été notre parti pris. Aucune volonté non plus de plaquer un discours convenu, ni de relayer une parole autorisée. Notre seule démarche a été de voir, de vivre et de partager une sensibilité. Un regard, un point de vue. Ce sont des gens rencontrés, une fois, plusieurs fois, et qui se sont racontés au photographe d’abord et dont le journaliste et écrivain a tenté de rendre compte avec sincérité. Ce projet est un regard croisé entre un photographe qui découvre, s’émeut et s’interroge, et un auteur qui tente de comprendre son île pour la restituer dans sa beauté brute, sans concession. Ce sont des visages, des scènes du quotidien, des mains, des figures complexes, variées, riches, qui racontent la somme d’une île. Celle d’un désir singulier d’être libre dans le monde, avec les autres.

Nassuf Djailani


FABIENNE VERDIER - Sur les terres de Cézanne - 5 continents Editions - Juin 2019

Devant les œuvres de Fabienne Verdier, le regard du spectateur se fait contemplatif. Cette peintre a réussi à concilier, dans ses tableaux, art moderne et tradition orientale, exprimant avec tant de puissance par sa peinture l’harmonie et le chaos, mais aussi le mystère de la beauté du monde. Le livre, dont Thierry Cron a réalisé la couverture et nombre d'images internes, plonge dans l’œuvre picturale et l’univers artistique et spirituel de Fabienne Verdier. Un parcours chronologique explore les divers moments de la biographie de l’artiste et met en lumière son lien avec la peinture des lettrés en Chine, puis avec l’art expressionniste abstrait et la peinture flamande, pour se poursuivre jusqu’à des recherches sur les ondes sonores et picturales. Sa poésie évolue autour d’une réflexion sur son immersion dans la nature, une pratique qu’elle définit elle-même comme étant l’« atelier nomade ». Ses derniers travaux sur le territoire de la montagne Sainte-Victoire, sujet cher à Cézanne, illustrent cette démarche. L’atelier nomade fait toutefois converger bien d’autres thématiques : l’évolution de son atelier, bien évidemment, mais également l’influence du contexte et du paysage, ainsi que le développement de nouveaux outils pour la peinture.

Le musée Granet d’Aix-en-Provence présente la première exposition rétrospective consacrée à l’œuvre de Fabienne Verdier dans un musée français. Elle ancre sa réflexion esthétique en se confrontant d’abord avec la peinture des lettres chinois. Puis, après une longue ascèse, elle revient en Occident et poursuit ses recherches en se réappropriant les fondements de sa propre culture. Ses œuvres donnent à voir le flux d’énergie qui met en action les éléments, plus que la réalité extérieure du monde. Elle s’intéresse tant à l’organisation de l’univers qu’aux formes qui donnent naissance au langage ou à la musique. Son œuvre est compose de tableaux peints, de dessins, de films, de carnets de réflexion et, depuis peu, d’installations dans lesquelles le spectateur devient le centre du bouillonnement de ses images. A Aix-en-Provence, elle a expérimente pour la première fois un atelier nomade qui lui a permis de peindre sur le motif. Face aux mêmes défis que s’était fixes Cézanne, comment une artiste d’aujourd’hui bouleverse-t-elle à la fois son propre monde et le nôtre ? L’œuvre de Fabienne Verdier est un voyage qui permettra aux visiteurs de renouveler leur relation au paysage, aux montagnes de l’esprit.


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